C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/reˈtʊnd‑u/ adj. « qui a la forme d’un cercle »

I. Type originel */reˈtʊnd‑u/
*/reˈtʊnd‑u/ > logoud. redùndhu adj. « qui a la forme d’un cercle, rond » (CasuVocabolario [+ dérivé redundhàre v.tr. « arrondir »] ; cf. DES s.v. retúndu ; PittauDizionario 1 s.v. rodundu)1, dacoroum. rătund (dp. 2e m. 17e s., DLR ; Tiktin3 ; EWRS ; Cioranescu n° 7260 ; MDA ; ALR SN 809 p 157, 605)2, ait. ritondo (1255 – 15e s., TLIOCorpus ; SalvioniPostille ; GDLI ; Merlo,AUTosc 44, 75-76 ; Merlo,RIL 86, 430-431 ; DELI2 s.v. ruòta), bas-engad. raduond (LRC s.v. rodund ; cf. HWBRätoromanisch s.v. rodund ; EichenhoferLautlehre § 672), fr. rond (dp. 1ère m. 12e s. [reont], FEW 10, 520a ; TLF ; GdfC ; TL ; AND1 s.v. rund ; ALF 1891), frpr. rion (dp. av. 1310, HafnerGrundzüge 154-156 ; FEW 10, 520a ; ALF 1581), occit. redon (dp. ca 1125 [ms. fin 13e s.], DAO n° 887 ; Raynouard ; Levy ; AppelChrestomathie ; FEW 10, 520a ; Pansier 3 ; ALF 1891), gasc. arredoun (FEW 10, 520a ; CorominesAran 288 s.v. redonn ; ALF 1891 p 782 ; ALG 1087), cat. redó (dp. 1288 [redon], DCVB s.v. rodó ; DECat 7, 386-388 [valenc. baléar.]), esp. redondo (dp. fin 12e/déb. 13e s., DME ; DCECH 4, 834-835 ; NTLE ; Kasten/Nitti)3, ast. redondu (dp. 1049 [ms. 12e s. ; retondo], DELLAMs ; DGLA), gal./port. redondo (dp. 1264/1284, TMILG ; Houaiss ; DDGM ; DELP3 ; CunhaVocabulário2)4.

II.1. Type traduisant l’attraction de */ˈrɔt‑a/ : */roˈtʊnd‑u/
*/roˈtʊnd‑u/ > asard. ˹rodundu˺ adj. « rond » (11e/13e s. [orrudundu] – ca 1110/mil. 13e s., DES 2, 357 ; CSMBVirdis 78), itsept. ˹rotunt˺ (AIS 1581), mar. rodunt « bien spécifié, précis » (Kramer/Fiacre in EWD s.v. torónn), surs. rodund « rond » (HWBRätoromanisch ; LRC), afr. ˹roont˺ (ca 1130 – ca 1375, FEW 10, 519b-520a ; GdfC ; TL ; AND1 s.v. rund)5, afrpr. raond (1er qu. 13e s., Philipon,R 22, 40)6.

II.2. Type métathésé */toˈrʊnd‑u/ (< */roˈtʊnd‑u/)
*/toˈrʊnd‑u/ > avén. torond adj. « rond » (Salvioni,AGI 16, 329)7, frioul. taront (PironaN2 ; GDBTF ; AIS 1581 ; ASLEF 744 n° 3467 p 83*), lad. torónn (dp. 1763 [toron], Kramer/Fiacre in EWD ; AIS 1581 ; ALD-I 674).

III. Type aphérésé */ˈtʊnd‑u/ (< */reˈtʊnd‑u/)
*/ˈtʊnd‑u/ > sard. tundu adj. « rond » (DES 2, 357 ; AIS 1581)8, it. tondo (dp. ca 1260/1261, TLIOCorpus ; DELI2 ; AIS 1581)9.

Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers des types évolués, protorom. */reˈtʊnd‑u/ adj. « qui a la forme d’un cercle, rond ».
Les cognats romans ont été subdivisés selon les types et sous-types dont ils relèvent : */reˈtʊnd‑u/ (ci-dessus I.), */roˈtʊnd‑u/ (ci-dessus II.1.), */toˈrʊnd‑u/ (ci-dessus II.2.) et */ˈtʊnd‑u/ (ci-dessus III.). Le type */reˈtʊnd‑u/ (I.) est, de loin, le plus largement diffusé : il est exclusif en roumain, occitan, gascon, catalan, espagnol, asturien et galégo-portugais ; présent, à côté de II.1., en romanche, français et francoprovençal ; à côté de III., en italien centro-méridional ; enfin, à côté de II.1. et de III., en sarde. Nous considérons ce type comme originel et estimons, à la suite de BenvenisteOrigines 14010 (malgré Ernout/Meillet4 s.v. rota11), que le type */roˈtʊnd‑u/ (II.) est issu du type I. suite à l’attraction qu’il a subi de */ˈrɔt‑a/. Ce type en */o – ˈʊ/ ne s’est maintenu qu’en sarde et dans une aire périphérique nord-occidentale (itsept. frioul. lad. romanch. fr. frpr.) ; il est clairement récessif en sarde, français et francoprovençal. Outre les formes régulières (sous-type II.1.), il a donné lieu très anciennement (avant la sonorisation des occlusives sourdes intervocaliques dans la Romania occidentale) à un sous-type métathésé II.2. (vénitien, sarde [témoignage indirect, cf. n. 7], frioulan, ladin). Enfn, le type */ˈtʊnd‑u/ (III.), directement issu de I., manifeste une aphérèse de ce qui semble avoir été interprété secondairement comme le préfixe */re-/. Sa coprésence en sarde et dans un idiome de la Romania continentale (italien) incite à dater cette dernière formation du protoroman commun.
Le corrélat du latin écrit du type II.1., rotundus adj. « id. », est attesté depuis Caton (* 234 – † 149, IEEDLatin ; OLD). Le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas, en revanche, de corrélat des types I., II.2. et III.12. Du point de vue diasystémique (latin global), les types I., II.2. et III. sont donc à considérer comme des particularismes (oralismes) de la variété B qui n’ont eu aucun accès à la variété H (“au fond, il n’a jamais été écrit et enseigné à l’école qu’un seul latin”, MeilletMéthode 8). En outre, du même point de vue, II.2. et III. – mais aussi II.1. (par archaïsme) – apparaissent comme fortement marqués sur le plan diatopique et relèvent du ‛latin (global) régional’).
Protorom. */reˈtʊnd‑u/ constitue une unité lexicale simple. Mais en diachronie pré-protoromane, cet adjectif s’analyse comme un dérivé de *rete/o- v.intr. « courir ; rouler » à l’aide du suffixe -und (cf. Heidemeier,DÉRom 1, 14-18).

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 118-119, 309, 352, 404-405, 432, 485 ; REW3 s.v. rŏtŭndus/rĕtŭndus ; Ernout/Meillet4 s.v. rota ; von Wartburg 1962 in FEW 10, 519b-528b, rŏtŭndus ; LausbergLinguistica 1, § 183, 253, 307, 361-364, 416 ; Faré n° 7400 ; HallPhonology 251 ; SalaVocabularul 539 ; DOLR 1 (1991), 165 ; MihăescuRomanité 186 ; Bastardas i Rufat in PatRomPrésentation 231-246 s.v. *retundus ; Heidemeier,DÉRom 1, 14-18.

Signatures. – Rédaction : Maria Hegner. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jean-Pierre Chambon ; Ulrike Heidemeier. Romania du Sud-Est : Victor Celac. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Georges Darms ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Simone Augustin ; Pascale Baudinot ; Ana Boullón ; Cristina Florescu ; Xosé Lluis García Arias ; Xavier Gouvert ; Yan Greub ; Christoph Groß ; Günter Holtus ; Stella Medori ; Florin-Teodor Olariu ; Uwe Schmidt ; Wolfgang Schweickard.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 22/07/2011. Version actuelle : 05/08/2020.

 


1. Cette issue régulière, résiduelle, est concurrencée par sard. retundu, dont le consonantisme traduit une influence italienne (cf. DES : “nella vecchia lingua camp. la voce è rappresentata da forme popolari con -d- [...], ed anche per il log. mod. il Casu registra a redúndu, avv. ‛intorno’ [...], = rotundus-retundus. Ma oggi sono più frequenti le forme italianizzanti”.
2. La datation de 1456 proposée par Tiktin3 concerne une attestation relevée dans un texte slavon. – Dacoroum. rotund adj. « id. » est en général considéré comme un latinisme (cf. Tiktin3), mais cette forme pourrait aussi s’expliquer comme le produit d’une contamination par dacoroum. roată s.f. « roue ». En tout état de cause, nous ne suivons pas Cioranescu n° 7260, qui rattache rătund au type */roˈtʊnd‑u/.
3. Tant l’espagnol (dp. 1511, CORDE) que le portugais (dp. 1572, Houaiss) connaissent en outre un doublet savant rotundo.
4. Les trois dates (10e s., 1059 et 1089) fournies par DELP3 et correspondant respectivement aux formes rodondo (et non rodonho), rodonda et redondo renvoient à trois textes en latin (DiplomataChartae 1, 258, 431) ; la forme rodonho citée par DELP3 et reprise par Houaiss n’est pas attestée dans le texte mentionné (DiplomataChartae 1).
5. BourciezPhonétique § 102, remarque I voit dans afr. roont une forme secondaire issue par assimilation d’afr. reont (cf. ci-dessus I.), mais les datations relatives et la comparaison romane incitent plutôt à suivre von Wartburg in FEW 10, 527a, qui rattache roont à */roˈtʊnd‑u/.
6. Le caractère relativement tardif de cat. rodó adj. « id. » (dp. fin 14e s. [rodon], DCVB ; DECat 7, 386-388 [rouss. cat. nord-occid.]) nous incite, malgré von Wartburg in FEW 10, 527a et en suivant DCECH 4, 835 n. 1 et Bastardas i Rufat in PatRomPrésentation 242 n. 2, à y voir le résultat d’une assimilation idioromane à partir de cat. redó (cf. ci-dessus I.).
7. Logoud. atturundare v.tr. « arrondir » permet de postuler alogoud. *turundu adj. « rond » (DES 2, 357).
8. Istroroum. tond adj. « id. » (KovačecRječnik 197) et istriot. tòndo (PellizzerRovigno : “aferesi de lat. rotundus”) représentent probablement des emprunts au vénitien.
9. RohlfsGrammStor 1, § 321 et DELI2 considèrent it. tondo comme issu d’une aphérèse du latinisme it. rotondo « id. » (dp. av. 1527, DELI2 ; cf. FEW 10, 527b), hypothèse qu’il paraît difficile de soutenir au vu des datations respectives.
10. “Rotundus [...] se relie probablement à un verbe radical *retī (v. irl. rethim) [...] ; les formes romanes supposent *retundus d’accord avec la forme irlandaise ; rotundus devrait son o à rota”. Cf. aussi IEEDLatin s.v. rota : “lat. rotundus may have been derived directly from the pr. *rete/o- (with replacement of *ret- by *rot- under the influence of rota) or from an o-grade pr. *(re-)rot- « to roll », which disappeared from the language afterwards”.
11. “L’adjectif rotundus [...] devrait son o à rota ; toutefois, le retundus que supposent les formes romanes ne doit pas être ancien et résulte d’une dissimilation secondaire”.
12. On relève lat. retundus adj. « id. » à époque post-antique seulement (7e s., CGL 4, 162 ; 9e s., CGL 4, 347).

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