C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/ma'ɡɪstr‑u/ s.m. « personne qui exerce une autorité ; personne qui est qualifiée pour enseigner »

*/maˈɡɪstr‑u/ > sard. magistru/maístu s.m. « personne qui exerce une autorité, maître ; personne qui est qualifiée pour enseigner, maître » (dp. 2e/3e qu. 12e s. [alogoud. magistru], DES), dacoroum. măiestru adj. « présentant une grande érudition, savant » (dp. 1560, Tiktin3 ; Candrea-Densusianu n° 1043 ; DLR ; Graur,BL 5, 104 ; Cioranescu n° 4983 ; MDA)12, it. maestro s.m. « maître » (dp. 1ère m. 12e s. [atosc.], TLIOCorpus ; DELI2), frioul. mestri (PironaN2 ; Iliescu,RRL 17, 188 ; GDBTF ; ASLEF 433 n° 1961)3, fr. maître (dp. 2e qu. 12e s. [maistre], KellerWace 224 ; Gdf ; GdfC ; FEW 6/1, 34a ; TL ; TLF ; AND1 s.v. mestre1 ; ALF 802), frpr. ˹metro˺ (dp. 1220/1230 [maistre], ProsalegMussafia 148 = HafnerGrundzüge 135 ; FEW 6/1, 34a ; ALF 802), occit. ˹maistre˺ (dp. 1150, BrunelChartes 63 ; Raynouard ; Levy ; FEW 6/1, 34ab ; Pansier 5 ; ALF 802), gasc. ˹mestre˺ (dp. 1186 [maeste], BrunelChartes 222 ; FEW 6/1, 34ab ; Palay ; CorominesAran 570), cat. mestre (dp. ca 1200 [maestre], DECat 5, 632 ; MollSuplement n° 2066 ; DCVB), esp. maestro (dp. 1101, CORDE ; Kasten/Cody ; DCECH 3, 760-761 ; DME ; Kasten/Nitti)4, ast. maestru (dp. 1206 [maestro], DELlAMs ; DGLA)5.

Commentaire. – À l’exception du dalmate, du ladin, du romanche et du galégo-portugais, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */maˈɡɪstr‑u/ s.m. « personne qui exerce une autorité, maître ; personne qui est qualifiée pour enseigner, maître »6. Le témoignage du sarde d’un côté et de la Romania continentale de l’autre permet de postuler l’existence du substantif dès la période du protoroman commun. Si cette unité originelle s’est brisée par la suite, c’est en raison d’emprunts massifs (cf. n. 2, 3 et 5), surtout à l’allemand (domaine de l’école) et à l’italien (domaine de la musique), qui ont évincé les représentants héréditaires de */maˈɡɪstr‑u/.
Le corrélat du latin écrit, magister, -tri s.m. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (depuis les inscriptions archaïques, TLL 8, 76-77).
Pour un complément d’information, cf. */ma'ɡɪstr‑a/.

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 70, 115, 302-305, 308, 349, 405, 443, 468 ; REW3 s.v. magĭster ; Ernout/Meillet4 s.v. magister ; Poppe/Keller 1958 in FEW 6/1, 34a-43a, magister ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 167, 253, 272 ; 2, § 299, 392-395, 424 ; HallPhonology 91 ; SalaVocabularul 541.

Signatures. – Rédaction : Anastasia Kroyer ; Jan Reinhardt. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jean-Pierre Chambon. Romania du Sud-Est : Nikola Vuletić. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Rosario Coluccia ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Ana Boullón ; Ana María Cano González. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Julia Alletsgruber ; Pascale Baudinot ; Xosé Lluis García Arias ; Yan Greub ; Günter Holtus ; Bianca Mertens.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 01/01/2014. Version actuelle : 31/08/2014.

 


1. Contrairement à ce qui est affirmé par EWRS et REW3, le dacoroumain ne présente pas de substantif rattachable à */maˈgɪstr‑u/, mais seulement un adjectif qui en est issu à date prélittéraire.
2. Istroroum. măiestru/mestru s.m. (MaiorescuIstria 132 ; Byhan,JIRS 6, 275) est emprunté à l’allemand (SârbuIstroromân 226) ou au vénitien (PopoviciIstria 125). Méglénoroum. májstur (Candrea,GrS 3, 163 ; CapidanDicţionar ; WildSprachatlas 369, 371, 374, 399) et aroum. máĭstur (dp. ca 1760 [mastori pl.], Kristophson,ZBalk 10/1 n° 0384 ; KavalliotisProtopeiria n° 1079 ; Pascu 2, 61 ; DDA2) représentent, selon toute probabilité, des emprunts au bulgare, au macédonien ou au grec moderne (cf. WildSprachatlas 369). Pour ce qui est de dalm. muostro (BartoliDalmatico 170), il est emprunté à it. mastro ([uo] < /[ˈa] ; cf. ElmendorfVeglia). Enfin, istriot. maeîstro/maìstro représente vraisemblablement un emprunt à l’italien ou au vénitien (cf. PellizzerRovigno).
3. Nous suivons Kramer/Thybussek in EWD pour considérer lad. maéster comme un italianisme, Giger in DRG 12, 119-128 et HWBRätoromanisch, pour voir dans romanch. meister/maister un emprunt à l’allemand, enfin Tomaschett in DRG 11, 678-679, pour considérer romanch. maestro/maester comme un italianisme.
4. L’attestation maistro de l’an 993 citée par DCECH 3, 760 (pour l’espagnol) et par DELlAMs (pour l’asturien) est tirée d’un texte latin (cf. DELlAMs).
5. Nous suivons DELP3 et Houaiss pour considérer gal./port. mestre (dp. 1214 [maestre], DDGM ; DdD ; DELP3 ; Houaiss ; CunhaVocabulário2 ; TMILG) comme emprunté soit à afr. maistre, soit à aoccit. maestre (plutôt qu’au catalan, comme l’envisage Corominas in DCECH 3, 760). En tout état de cause, une influence du ʻmonde carolingienʼ (Metzeltin,Manual 400) nous semble plus probable que la continuation du nominatif ou du vocatif */maˈɡɪster/ (hypothèse exprimée par AriasGramática § 3.3.10.4 et DELlAMs).
6. Protorom. */maˈɡɪstr‑u/ a été emprunté par l’albanais : alb. mjeshtër (MihăescuRomanité 38 ; VătăşescuAlbaneză 328).

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