C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/konˈβit‑a‑/ v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.) »

*/konβiˈt‑a‑re/ > sard. kumbiđare v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.), inviter » (Spano1 ; DES ; EspaLogudorese ; CasuVocabolario), it. convitare (dp. 2e m. 12e s., Piermaria in TLIO ; DELI2), fr. convier (dp. 1125 [cunveer], TLF ; Gdf ; GdfC ; TL ; FEW 2, 1136b ; ANDEl), occit. ˹convidar˺ (dp. 1130/1149 [convit subj. prés. 3], MarcD 32 ; Raynouard ; AppelChrestomathie 230 ; FEW 2, 1136b ; Pansier 3), gasc. coumbidá (dp. 1125 [ms. 1ère m. 15e s. ; fo combidade prét. fém. passif 3], CartBigRC 63 ; FEW 2, 1136b ; Palay), cat. convidar (dp. 13e s., DCVB ; DECat 2, 896-897), arag. combidar (NagoreEndize), esp. convidar (fin 12e/déb. 13e s., DCECH 3, 461 ; NTLE [VOC. GEN. S. XIV.] ; Kasten/Nitti)1, ast. convidar (dp. 1267 [ms. 13e s. ; conuiden subj. prés. 6], DELLA ; DALlA ; DGLA), gal./port. convidar (dp. déb. 13e s., DDGM ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ; CunhaÍndice ; Houaiss ; Cunha,Confluência 3, 34)2.

Commentaire. – Le sarde et un large ensemble d’idiomes appartenant à la Romania italo-occidentale (it. fr. occit. gasc. cat. arag. esp. ast. gal./port.)3 présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */konˈβit‑a‑/ v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.), inviter ».
Nous suivons Diez (“von invitare mit vertauschter präposition [unter einwirkung von convivium]”), Gröber,ALL 1, 551 (“Präfixvertauschung”) et von Wartburg in FEW 2, 1137a (de façon putative : “es könnte sich auch sehr wohl einfach um einen wechsel des präfixes handeln”) pour analyser protorom. */konˈβit‑a‑/ comme le résultat d’une greffe préfixale sur son synonyme */ɪnˈβit‑a‑/ (cf. section I.), l’hypothèse du REW3 (“invitare + convivium” ; > DCVB ; TLF [“prob.”] ; DCECH 3, 461 [“probablemente”]) d’un croisement avec */kon‑ˈβiβ‑i‑u/ (cf. REW3 s.v. convīvium ; DEI s.v. combibbia ; Pagnotta in TLIO s.v. combibbia ; von Wartburg 1944 in FEW 2, 1137b, convivium ; DRAE22 s.v. convivio ; CORDE ; DELP3 s.v. convívio ; Houaiss s.v. convívio), de la vitalité dans la langue parlée duquel il faudrait par ailleurs s’assurer, nous paraissant moins puissante4. Une réanalyse de */ɪnˈβit‑a‑/, sémantiquement incongru en raison de sa paronymie avec */ɪnˈβit‑u/ adj. « qui agit à contre-cœur » (cf. REW3 s.v. invītus), avec une greffe préfixale subséquente **/ɪn‑/ > **/kon‑/ semble en effet tout à fait plausible quand on se rappelle le sens véhiculé par le préfixe */kon‑/, singulièrement apte à contribuer à l’expression de l’idée de prier quelqu’un de venir en un lieu ou de prendre part à quelque chose : “com-, con- et co- [...] préverbe fréquent. Au sens concret, il marque la réunion” (Ernout/Meillet4 s.v. cum). La fortune de */konˈβit‑a‑/, qui, du fait de sa monosémie, est resté univoque, aura sans doute profité de la bisémie de */ɪnˈβit‑a‑/.
Le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas de corrélat de ce lexème. Du point de vue diasystémique (latin global), protorom. */konˈβit‑a‑/ est donc à considérer comme un particularisme du latin de l’immédiat communicatif qui n’a eu aucun accès au code écrit.
Pour un complément d’information, cf. */ɪnˈβit‑a‑/.

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 30-31, 223-224, 302-305, 344, 353, 402, 433, 443, 484 ; REW3 s.v. *convītāre ; von Wartburg 1944 in FEW 2, 1136b-1137b, *convītare ; LausbergLinguistica 1, § 154-157, 231-235, 272-273, 319, 360-364 ; HallPhonology 156 ; SalaVocabularul 591.

Signatures. – Rédaction : Vladislav Knoll. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre Swiggers ; Valentin Tomachpolski. Romania du Sud-Est : Maria Iliescu. Italoromania : Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch ; Ana Boullón ; Ana María Cano González ; Steven N. Dworkin ; Fernando Sánchez Miret ; Mário Eduardo Viaro. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Steven N. Dworkin ; Xosé Lluis García Arias ; Christoph Groß ; Günter Holtus ; Uwe Schmidt.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 07/08/2019. Version actuelle : 13/02/2020.

 


1. Nous suivons Corominas et Pascual in DCECH 3, 461 pour considérer le lexème espagnol, dont le phonétisme est régulier, comme héréditaire, malgré Meyer-Lübke in REW3, qui y voit un emprunt au catalan (alors qu’il n’émet aucun doute sur le caractère héréditaire d’esp. envidar, cf. */ɪnˈβit‑a‑/).
2. Nous suivons Houaiss (qui reprend Nascentes) pour analyser le lexème portugais, dont le phonétisme est régulier, comme héréditaire, malgré Meyer-Lübke in REW3, qui y voit un emprunt au catalan (tandis qu’il ne doute pas du caractère héréditaire d’aport. envidar, cf. */ɪnˈβit‑a‑/).
3. L’absence d’un continuateur roumain de */konˈβit‑a‑/ peut être interprétée de deux manières : soit cette innovation lexicale ne s’est répandue depuis la péninsule Italique qu’en Sardaigne et dans les régions italo-occidentales, soit le roumain a perdu son issue à date prélittéraire.
4. Situer le phénomène au niveau idioroman, comme semble le faire (?) Coromines in DECat 2, 896 (“probablement alteració contagiada per convit, que es deuria a la influència del sinònim ll. cl. convīvĭum”), n’a aucun sens.

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