C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/ɪnˈβit‑a‑/ v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.) ; agir sur (qn) pour qu’(il) fasse (qch.) »

I. Sens « inviter »
*/ɪnβiˈt‑a‑re/ > mold. înžita v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.), inviter » (IvănescuIstoria1 548)12, istriot. invidâ (Rosamani), ait. sept. ˹envidare˺ (4e qu. 12e – 14e s., TLIOCorpus ; SalvioniPostille ; Salvioni,RIL 32, 142 ; DELI2)3, frioul. invidâ (PironaN2 ; GDBTF)4, romanch. invidar/envidar (dp. 1560, Widmer in DRG 9, 728 ; HWBRätoromanisch), fr. envier (fin 11e s. – 1631, FEW 4, 801b ; TL ; Gdf), occit. envidar (dp. ca 1180, Raynouard ; Levy ; AppelChrestomathie ; Mistral s.v. envita [Marseille] ; Pansier 3 ; FEW 4, 801b)5, baléar. envidar (DCVB), arag. embitar (NagoreEndize), esp. envidar (ca 1240/1250 – 1605, DME ; Kasten/Cody ; DCECH 3, 462 ; NTLE ; Kasten/Nitti), ast. envidar « inviter (qn) à boire » (DELLAMs).

II. Sens « inciter » (> « provoquer [une action de jeu] »)
*/ɪnβiˈt‑a‑re/ > dacoroum. învita v.ditr. « agir sur (qn) pour qu’(il) fasse (qch.), inciter » (dp. 1561 [aujourd’hui rég. et/ou pop.], Tiktin3 ; DA ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 898 ; Cioranescu n° 4464 ; MDA ; Teaha,FD 27, 97-98 ; ALR SN 1267, 1412), ait. envitare (av. 1306 – 16e s., GDLI), frioul. invidâ tr. « annoncer (un contrat) durant la phase des enchères d’un jeu de cartes, renchérir » (PironaN2 ; GDBTF), lad. invidé (dp. 1966, Kramer/Fiacre in EWD), romanch. invidar/envidar ditr. « inciter » (dp. 1613 [inuidær], DRG 9, 730), afr. envier (ca 1185 – 1400/1500, TL 3, 717 ; FEW 4, 801b ; DMF2012), aoccit. envidar (ca 1288/1289 – ca 1350, Levy ; AppelChrestomathie 183 ; cf. Raynouard [terme de jeu]), cat. envidar tr. (dp. 1390 [« miser (une somme d’argent) au jeu »], DCVB ; DECat 2, 897), esp. envidar ditr. (dp. ca 1260 [surtout « miser (une somme d’argent) au jeu »], DME ; NTLE ; Kasten/Cody), ast. envidar tr. « miser (une somme d’argent) au jeu » (DELLAMs)6, aport. envidar ditr. « inciter » (14e s., CunhaVocabulário3 ; cf. DELP3 s.v. invitar ; Bluteau [envidar « miser »])7.

Commentaire. – À l’exception du sarde, du végliote, du francoprovençal et du gascon (cf. n. 2 et 5), toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ɪnˈβit‑a‑/ v.ditr. « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.), inviter ; agir sur (qn) pour qu’(il) fasse (qch.), inciter »8.
Les données romanes ont été subdivisées ci-dessus selon les deux sens qu’elles permettent de reconstruire : « prier (qn) de venir en un lieu ou de prendre part à (qch.), inviter » (I.) et « agir sur (qn) pour qu’(il) fasse (qch.), inciter » (II.). La reconstruction du premier de ces sémèmes, qui repose sur onze cognats sémantiquement uniformes (roum. istriot. it. frioul. romanch. fr. occit. cat. arag. esp. ast.), est évident, et confirme le sens traditionnellement prêté à l’étymon de l’ensemble des matériaux réunis ici (REW3 ; FEW 4, 801b ; 802b). Mais l’application de la méthode comparative à cette famille lexicale invite à rompre avec la vision monosémique de son étymon et à postuler l’existence d’un sens secondaire « agir sur (qn) pour qu’(il) fasse (qch.), inciter » dès le protoroman. La reconstruction de ce sémème s’appuie sur le sens « inciter » attesté dans huit idiomes, dont deux appartenant à une aire latérale (roum. it. romanch. fr. occit. cat. esp. port.), ainsi que sur des termes de jeu qui se laissent analyser comme des spécifications du sens « inciter » : « annoncer (un contrat) durant la phase des enchères d’un jeu de cartes, renchérir » (frioul. lad.) et « miser (une somme d’argent) au jeu » (cat. ast. [aussi esp. port.]), le commun dénominateur étant l’idée de pousser (ici d’autres joueurs) à une action (cf. Levy s.v. envidar : “« e[in] Spiel herausfordern, durch e[inen] Einsatz eröffnen, anbieten »”).
Dans le sens « inviter » (ci-dessus I.), les continuateurs de protorom. */ɪnˈβit‑a‑/ ont fréquemment été évincés, quelquefois à époque prélittéraire (galicien), par des emprunts à lat. invitare : fr. inviter (1356 ; dp. 3e qu. 15e s., Städtler in DEAF I 394 ; cf. von Wartburg in FEW 4, 802b pour l’homonymie avec fr. envier v.tr. « éprouver de la jalousie envers (qn) »), cat. invitar (dp. 1839, DECat 2, 896), esp. invitar (dp. 1607, DCECH 3, 461), gal. invitar (dp. 1860, TILG) et port. invitar (dp. 18e s., DELP3 ; cf. n. 3 pour l’italien et n. 5 pour le gascon) et/ou par les continuateurs de son synonyme */konˈβit‑a‑/.
Les corrélats du latin écrit des deux unités lexico-sémantiques orales reconstruites ci-dessus sont connus durant toute l’Antiquité : invitare v.tr. « inviter » depuis Plaute (* ca 254 – † 184, TLL 7/2, 228 ; IEEDLatin ; cf. ci-dessus I.) et « inciter » depuis Térence (163 av. J.-Chr., TLL 7/2, 230-231 ; cf. ci-dessus II.).
Pour un complément d’information, cf. */konˈβit‑a‑/.

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 30-31, 223-224, 302-305, 344, 352, 433, 443, 484 ; REW3 s.v. invītāre ; von Wartburg 1952 in FEW 4, 801b-803a, ĭnvītare ; Ernout/Meillet4 s.v. inuītō ; LausbergLinguistica 1, § 154-157, 231, 272, 273, 283, 360-364 ; HallPhonology 21 ; Faré n° 4535 ; SalaVocabularul 549 ; StefenelliSchicksal 209 ; MihăescuRomanité 38, 236.

Signatures. – Rédaction : Vladislav Knoll. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre Swiggers ; Valentin Tomachpolski. Romania du Sud-Est : Cristina Florescu ; Maria Iliescu ; Elton Prifti. Italoromania : Marco Maggiore ; Giorgio Marrapodi ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Ana Boullón ; Ana María Cano González. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Pascale Baudinot ; Giorgio Cadorini ; Victor Celac ; Jérémie Delorme ; Xosé Lluis García Arias ; Christoph Groß ; Günter Holtus ; Jan Reinhardt ; Fernando Sánchez Miret ; Uwe Schmidt.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 10/08/2018. Version actuelle : 13/02/2020.

 


1. Dans la langue générale et littéraire, le continuateur régulier de */ɪnˈβit‑a‑/, représenté par ce seul témoignage isolé, a été évincé par dacoroum. invita (dp. 1829, DA), emprunté au français (DA ; Cioranescu n° 4464 ; MDA) et/ou à l’italien (Tiktin3 ; MDA). Quant aux dialectes sud-danubiens, ils ne connaissent pas d’issues de */ɪnˈβit‑a‑/ : le sens « inviter » est attaché à istroroum. pozovi (< croate, SârbuIstroromân 258) et aroum. ˹aclˈem˺ (<*/ˈklam‑a/, DDA2).
2. Contrairement à ce qui est affirmé par REW3 et FEW 4, 802b, le sarde ne connaît pas de continuateur de */ɪnˈβit‑a‑/ : campid. imbiđai est un emprunt à l’italien (DES ; PittauDizionario 1) présentant simplement une adaptation phonétique (sonorisation de la consonne intervocalique).
3. Si le traitement de la voyelle initiale et de l’occlusive dentale intervocalique dénonce ce type comme héréditaire (cf. RohlfsGrammStor 1, § 130, 201), it. invitare (dp. av. 1321, DELI2) est en général considéré comme un emprunt à lat. invitare (DEI ; GDLI ; DELI2), même si cette analyse n’est pas obligatoire du point de vue phonétique (les deux traitements de */ɪ‑/ et de */‑t‑/ coexistent).
4. En ladin, le sens « inviter » est attaché à imvié (dp. 1879, < */ɪnˈβi‑a‑/, cf. Kramer/Fiacre in EWD).
5. Le continuateur gascon de */ɪnˈβit‑a‑/, que l’on peut saisir indirectement à travers le dérivé béarn. embit s.m. « invitation ; festin de famille » (< * embidá, cf. FEW 4, 801b), a été évincé par le latinisme embitá (FEW 4, 802a).
6. García Arias in DELLAMs hésite entre un continuateur héréditaire et un emprunt à l’espagnol.
7. Il n’existe aucun témoignage fiable de la présence de l’unité lexicale envidar en galicien médiéval (mais cf. a envidos loc. adv. « avec déplaisir », 13e s., DDGM). Quant à gal. envidar « miser (une somme d’argent) au jeu » (DRAG1 ; DdD), il pourrait représenter un emprunt à l’espagnol.
8. Alb. ftoj « inviter » (IEEDAlbanian ; VătăşescuAlbaneză 318) en constitue un emprunt (avec aphérèse de la sylllabe initiale).

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