C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/ˈsal‑e/ s.m. « substance d’un goût piquant (formée de cristaux blanchâtres et solubles dans l’eau) qui sert à l’assaisonnement et à la conservation des aliments »

I. Substantif masculin originel
*/ˈsal‑e/ > sard. sále/sáli s.m. « substance d’un goût piquant (formée de cristaux blanchâtres et solubles dans l’eau) qui sert à l’assaisonnement et à la conservation des aliments, sel » (DES ; PittauDizionario 2 ; AIS 1009).

II. Substantif féminin innovant
*/ˈsal‑e/ > dacoroum. sare s.f. « sel » (dp. 1551/1553, Tiktin3 ; EWRS ; Cioranescu n° 7452 ; MDA ; ALR SN 1104), istroroum. sare (MaiorescuIstria 146 ; PuşcariuIstroromâne 3, 132 ; SârbuIstroromân 270 [såre] ; FrăţilăIstroromân 1, 268 ; ALIstro n° 618a), méglénoroum. sari (Candrea,GrS 7, 195 ; CapidanDicţionar ; ALR SN 1104 p 012), aroum. sare (dp. 1770 [σάρε], KavalliotisProtopeiria n° 0442 ; Pascu 1, 150 ; DDA2 ; BaraAroumain ; ALR SN 1104 p 010), itsept. ˹sal˺ (RohlfsGrammStor 2, § 385 ; AIS 1009), sic. sáli (AIS 1009), frioul. sal (fin 16e s. [« sagesse »], PironaN2), oïl. mérid. sau (dp. 1572, MorelPoitevinrie 99 ; FEW 11, 76b ; ALF 1213 ; ALB 1494 ; ALFC 973), frpr. sal (dp. ca 1220/1230, ProsalegStimm 11 = HafnerGrundzüge 17 ; FEW 11, 76b ; ALF 1213 ; ALFSuppl 205), occit. sal (dp. ca 1143, BrunelChartes 50, 245 ; BrunelChartesSuppl 175 ; Raynouard ; Levy ; DAO n° 347 ; FEW 11, 76b ; Pansier 3 ; Pansier 5 ; ALF 1213 ; ALFSuppl 205), gasc. sau (dp. 1203 [ms. 1345 ; sal], DAG n° 347 ; CorominesAran 687 ; ALF 1213 ; Palay)1, cat. sal (dp. 1249, DCVB ; DECat 7, 603), esp. sal (dp. 14e s., NTLE ; DCECH 5, 130 ; Kasten/Cody ; DME ; Kasten/Nitti), ast. sal (dp. 1291, DELLAMs ; DGLA)2.

III. Substantif masculin restauré
*/ˈsal‑e/ > istriot. sal s.m. « sel » (PellizzerRovigno ; AIS 1009), it. sale (dp. 1233, DELI2 ; GAVI ; AIS 1009), frioul. sâl (dp. 1357 [sal], VicarioCarte 1, 84 ; PironaN2 ; GDBTF ; AIS 1009 ; ASLEF 551 n° 2884), lad. (dp. 1763, Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 1009 ; ALD-I 679), romanch. sal/sel (dp. 1560 [haut-engad. sel], GartnerBifrun 663 ; HWBRätoromanisch ; AIS 1009), fr. sel (dp. ca 1120, TLF ; GdfC ; FEW 11, 76b ; TL ; AND2 ; ALF 1213 ; ALFSuppl 205), ast. sal (dp. 914/924, DELLAMs ; DGLA), gal./port. sal (dp. 1220/1240, TMILG ; DDGM ; DELP3 ; Houaiss ; DdD ; DRAG1 ; CunhaVocabulário2)3.

Commentaire. – À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈsal‑e/ s.m. « substance d’un goût piquant (formée de cristaux blanchâtres et solubles dans l’eau) qui sert à l’assaisonnement et à la conservation des aliments, sel ».
Les issues romanes de protorom. */ˈsal‑e/ ont été subdivisées ci-dessus selon les deux genres dont elles relèvent. Elles confirment l’analyse de Robert de Dardel (Dardel,ACILR 14/2, 75-82 ; DardelGenre 14 ; DardelProtoroman 8), selon qui */ˈsal‑e/ fait partie d’un groupe de substantifs originellement masculins passés au féminin dans une grande partie du domaine, dès l’époque protoromane (cf. */ˈɸɛl‑e/, */ˈlakt‑e/, */ˈmar‑e/, */ˈmɛl‑e/ et */ˈsanɡu‑e/). Le masculin persiste dans une zone isolée et excentrique (sarde) et se propage plus tard dans les zones avant conquises par le féminin. Le genre grammatical du substantif */ˈsal‑e/ a donc connu la répartition spatio-temporelle suivante en roman commun : le masculin du protoroman */ˈsal‑e/ (ci-dessus I., III.) englobe un large territoire non compact des parlers romans où il est présent tantôt comme la persistance du genre masculin originel (en sarde, ci-dessus I.), tantôt comme un fait plus tardif (ci-dessus III. : istriote, italien centro-méridional, frioulan, ladin, romanche, français, asturien, galicien et portugais). Le féminin (ci-dessus II.) caractérise deux aires continues mais séparées entre elles : dans la Romania orientale (tous les dialectes du roumain), d’une part, et dans la Romania occidentale (dialectes du nord de l’Italie, frioulan, dialectes du sud-ouest et du sud-est du français, francoprovençal, occitan, gascon, catalan, espagnol et asturien), d’autre part. Le frioulan et l’asturien permettent d’attester les deux genres pour le même idiome.
Le corrélat du latin écrit du substantif masculin (ci-dessus I. et III.), sal, -is s.m. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Varron [* 116 – † 27], Ernout/Meillet4 ; cf. aussi Forcellini ; OLD ; Gaffiot). Le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas, en revanche, de corrélat du substantif féminin (ci-dessus II.).

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 223, 225-226, 307, 405, 457 ; REW3 s.v. sal ; Ernout/Meillet4 s.v. sāl ; von Wartburg 1961 in FEW 11, 76b-85b, sal ; LausbergLinguistica 1, § 173-175, 307, 385 ; HallPhonology 233 ; SalaVocabularul 540 ; StefenelliSchicksal 29 ; MihăescuRomanité 241.

Signatures. – Rédaction : Yauheniya Yakubovich. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jean-Pierre Chambon. Romania du Sud-Est : Victor Celac ; Cristina Florescu. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Ricarda Liver ; Stella Medori. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch ; Ana Boullón ; Ana María Cano González. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Marta Andronache ; Simone Augustin ; Pascale Baudinot ; Georges Darms ; Jérémie Delorme ; Xosé Lluis García Arias ; Xavier Gouvert ; Günter Holtus ; Jan Reinhardt.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 22/07/2011. Version actuelle : 07/08/2020.

 


1. Palay accorde les deux genres au substantif, mais LespyR considère le lexème comme uniquement féminin ; selon ce dernier, le genre masculin reflète une influence moderne et localisée du français.
2. L’asturien a connu depuis le Moyen Âge une hésitation quant au genre dans le substantif sal (cf. ci-dessous III.), comme dans certains autres substantifs désignant des entités non comptables comme lleche (cf. */ˈlakt‑e/), llume, mar, miel ou encore sangre ; visiblement, cette hésitation du genre existait avant toute possibilité d’impact du castillan.
3. La date de 1008 proposée par DDGM, DELP3 et Houaiss correspond à un texte en latin.

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