C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/ˈmɔnt‑e/ s.m. « importante élévation de terrain »

*/ˈmɔnt‑e/ > sard. mònte/mònti s.m. « importante élévation de terrain, montagne » (dp. ca 1110/mil. 13e s. [monte], CSMBVirdis 43 ; DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 421), dacoroum. munte (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 209 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 1169 ; Cioranescu n° 5498 ; DLR ; MDA ; ALR SN 808)1, istroroum. munte (MaiorescuIstria 135 ; FrăţilăIstroromân 1, 225 ; ALIstro n° 156)2, méglénoroum. munti (Candrea,GrS 6, 170 ; CapidanDicţionar ; WildSprachatlas 129 ; ALR SN 808), aroum. munte (dp. 1770 [μοῦντε], KavalliotisProtopeiria n° 0553 ; Kristophson,ZBalk 10/1 n° 0033 ; Pascu 1, 121 ; DDA2 ; BaraAroumain [munti] ; ALR SN 808), dalm. muant (BartoliDalmatico 252, 267, 288 ; MihăescuRomanité 106)3, istriot. monto (DeanovićIstria 26, 114 ; MihăescuRomanité 136 ; AIS 421 p 398), it. monte (dp. 1207/1208, TLIOCorpus ; DELI2 ; AIS 421 p 179, 189, 199, 243, 333, 443, 453, 464, 466, 500, 530, 541, 555, 558, 565), frioul. mont f. (dp. 2e m. 14e s., BenincàEsercizi 34 ; PironaN2 ; IliescuFrioulan 39 ; GDBTF ; AIS 421 p 326-329, 337 ; ASLEF 34 n° 183 [partout féminin])45, lad. mùnt (dp. 1763 [na mont « collis, tumulus »], Kramer/Thybussek in EWD ; AIS 421 p 305, 312, 313, 315 ; ALD-I 476), romanch. munt/mun m. (dp. 1560 [munt], GartnerBifrun 25 ; HWBRätoromanisch s.v. mun ; EichenhoferLautlehre § 192b ; AIS 421 p 9, 19), fr. mont (dp. ca 1000 [vieilli], TLF ; GdfC ; TL ; FEW 6/3, 84a ; AND2 s.v. munt1), frpr. mon (dp. 1er qu. 13e s. [mont ; vieilli], DocLyonnais 7 ; FEW 6/3, 84a), occit. mont (dp. 1130/1149 [vieilli], DAO n° 169 ; Raynouard ; Levy s.v. mon ; Pansier 3 ; AppelChrestomathie 50, 114 ; FEW 6/3, 84a), gasc. mont (dp. ca 1330 [vieilli], DAG n° 169 ; FEW 24, 623a)6, cat. mont (dp. fin 12e/déb. 13e s. [vieilli], DECat 5, 835-836 ; DCVB ; MollSuplement n° 2270 ; MollMartíGramàticaHistòrica § 57)7, aesp. muent (1258, BerganzaAntigüedades 2, 576 = MenéndezPidalCrestomatía 1, 187 = NTLE s.v. monte)8, ast. monte (dp. 1157, DELLAMs ; DGLA)9, gal./port. monte (dp. av. 1253/1254, DDGM ; DRAG2 ; DELP3 ; Houaiss ; CunhaVocabulário2)10.

Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈmɔnt‑e/ s.m. « importante élévation de terrain, montagne »11.
Le genre masculin de l’étymon se reconstruit sur la base de la majorité des cognats romans (cf. n. 5 pour le genre féminin attesté en frioulan et en ladin, analysé comme un phénomène idioroman). Protorom. */ˈmɔnt‑e/ semble donc bien représenter, comme le propose Robert de Dardel, un des principaux retardataires de la tendance à féminiser les substantifs de la troisième déclinaison : “toute une série des masculins lui résistent et conservent intact en roman commun leur genre classique, quittes à passer tardivement au féminin dans certains parlers romans, dans des circonstances particulières et d’intérêt local” (DardelGenre 29).
Dans presque toute la Romania continue, les continuateurs de */ˈmɔnt‑e/ ont été plus ou moins concurrencés par ceux de protorom. */monˈt‑ani‑a/ s.f., notamment en raison de leur monosyllabisme.
Le corrélat du latin écrit, mons, -tis s.m. « montagne », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 – † 184], TLL 8, 1430 ; Ernout/Meillet4 s.v. mōns, montis).

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 184, 202, 307, 404-405, 485 ; REW3 s.v. mons, monte ; Ernout/Meillet4 s.v. mōns, montis ; Baldinger 1966 in FEW 6/3, 84a-94b, mons ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 176-178, 230-237, 272, 276 ; 2, § 299, 415 ; 3, § 624 ; DardelGenre 29 ; HallPhonology 142 ; Faré n° 5664 ; SalaVocabularul 541 ; StefenelliSchicksal 252-253 ; MihăescuRomanité 187.

Signatures. – Rédaction : Victor Celac. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jean-Pierre Chambon ; Steven N. Dworkin. Romania du Sud-Est : Iulia Mărgărit. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch ; Ana Boullón ; Fernando Sánchez Miret. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Francesco Crifò ; Jérémie Delorme ; Xosé Lluis García Arias ; Christoph Groß ; Günter Holtus.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 08/11/2010. Version actuelle : 02/07/2020.

 


1. La datation de 1443 de Tiktin3 concerne un anthroponyme dans un texte slavon.
2. La première des deux attestations connues de ce lexème provient de MaiorescuIstria 135, qui précise qu’il n’était connu qu’à Jeiăn ; Byhan,JIRS 6, 284 donne cette attestation comme douteuse, en citant et en adoptant le point de vue de St. Nanu : “heutzutage giebt es kein munte”. PuşcariuIstroromâne 2, 233, 235 cite munte (probablement d’après Maiorescu) dans deux listes de lexèmes héréditaires complètement évincés. Or une seconde attestation vient confirmer celle de Maiorescu : à la question « vertige » on a noté, toujours à Jeiăn, muntɛ mi se ɘn kåp loc. « j’ai une montagne dans la tête » (ALIstro n° 156) – même si cette locution pourrait être calquée d’it. avere un monte sulla testa « essere preso da un senso di oppressione, di stanchezza, di tedio che impedisce di svolgere la normale attività » (GDLI 10, 857). – Par ailleurs, l’istroroumain connaît, comme désignations de la montagne, les serbo-croatismes brig s.n. (MaiorescuIstria 111, 135 ; Byhan,JIRS 6, 199 ; PuşcariuIstroromâne 2, 233, 235 ; PuşcariuIstroromâne 3, 123, 305 ; SârbuIstroromân 193 ; ALR SN 808) et gorę s.f. (Byhan,JIRS 6, 224 ; PopoviciIstria 113 ; PuşcariuIstroromâne 2, 235 [gora]), ainsi que codru s.m. (MaiorescuIstria 117 ; Byhan,JIRS 6, 243 ; PuşcariuIstroromâne 2, 235 ; PuşcariuIstroromâne 3, 123, 306 ; SârbuIstroromân 198) < protorom. */ˈkɔdr‑u/ s.m. ; cf. lat. quadrus adj. « carré » (REW3 s.v. quadrus ; Ernout/Meillet4 s.v. quattuor).
3. Nous ne suivons pas ElmendorfVeglia, qui considère (sans avancer d’argument) dalm. muant comme un italianisme, car son phonétisme est régulier, cf. BartoliDalmatico 395 § 289 (avec des parallèles comme */ˈpɔnt‑e/ > puant).
4. Ce phonétisme est signalé (de même que celui de front « front » et celui des formes à radical tonique du paradigme de kontâ « raconter ») comme une irrégularité par rapport à l’évolution régulière dont témoignent “pwuint < ponte ; rišpwínt < respondet” (IliescuFrioulan 39).
5. Les cognats frioulan et ladin relèvent du genre féminin (EWD fait mention en outre d’un cognat féminin en lombard alpin, mais la source citée, Guarnerio,RIL 41, 399, ne se prononce pas sur le genre ; cf. aussi RohlfsGrammStor 2, § 391), et cela depuis le début de la transmission écrite (cf. aussi les toponymes comme Mònt Sànte ou Montavièrte [PironaN2 1770], qui confirment le genre féminin pour le frioulan prélittéraire). On hésite toutefois, en raison de son caractère isolé, à projeter le genre féminin sur la protolangue : il semble plutôt s’agir d’une recatégorisation idioromane. Les raisons de ce changement de genre pourraient résider d’une part, pour le frioulan, dans l’homophonie de mont s.f. avec mont s.m. « monde » (GDBTF), d’autre part, pour les deux idiomes, où mont signifie surtout « alpage » (cf. EWD), par une influence analogique (il ne semble pas s’agir de celle de frioul. lad. malga s.f. « alpage » [GDBTF ; EWD (< itsept.)], qui ne sont pas héréditaires). Pour ce qui est de frioul. lad. mont s.m. « montagne », il s’agit d’italianismes (cf. PironaN2 ; EWD s.v. mùnt).
6. L’attestation datée « av. 1400 : 1141 ? » de DAG n° 169 est tirée d’un document suspect (cf. BaldingerLvSchlüssel 271).
7. Pour la fermeture de /ɔ/ en /o/ devant nasale suivie d’une occlusive, cf. MollMartíGramàticaHistòrica § 57. – Cette forme régulière a été presque entièrement évincée par munt s.m. (dp. 1272, DECat 5, 835-836 ; MollSuplement n° 2270 ; DCVB ; MollMartíGramàticaHistòrica § 57). Puis munt a été évincé, dans son sens originaire, par le continuateur de */mɔnˈt‑an‑i‑a/, en se maintenant sporadiquement avec le sens de « proéminence du relief sous-marin » (DECat 5, 835-836) et plus généralement dans celui de « grande quantité, amoncellement » (DCVB ; DECat 5, 836).
8. Il s’agit là de la seule attestation connue de l’issue espagnole régulière (cf. REW3 : “asp. muent”), qui a été entièrement évincée par monte (dp. ca 1140, Kasten/Cody ; DME ; DCECH 4, 131 ; Kasten/Nitti), forme présentant la fermeture de [o] devant nasale implosive (cf. DCECH 4, 131 [qui ignore notre attestation de muent] : “La falta de diptongación debe explicarse por influjo de la nasal” et LausbergSprachwissenschaft 1, § 232 : “Auch im Span. ist ŏ vor gedecktem Nasal manchmal zu geschlossen worden : comite conde, abscondit esconde, homine hombre [aber ponte puente, fronte *fruente > frente mit der normalen Entwicklung von vlt. ǫ]”).
9. L’absence de la diphtongaison de la voyelle tonique s’explique par l’influence de la nasale, cf. AriasGramática § 3.1.7.4.
10. Pour la fermeture de /ɔ/ devant nasale en /o/ du galicien, cf. FernándezDialectoloxía 44-45.
11. Nous ne suivons pas MeyerLübkeGLR 1, § 184, qui postule un “Vulgärlateinisch” mọnte à partir de “span. monte”, “siz. munti”, “kalabr. munte”, “alatr. mọnte” et “friaul. mont” (cf. n. 7 et 10).

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