C.N.R.S.
 

 
Dictionnaire Étymologique Roman

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*/'ɛder‑a/ s.f. « plante vivace de la famille des Araliacées se fixant sur les troncs d’arbres et le long des murs (Hedera helix L.) »

I. */ˈɛder‑a/
*/ˈɛder‑a/ > dacoroum. iederă s.f. « plante vivace de la famille des Araliacées se fixant sur les troncs d’arbres et le long des murs (Hedera helix L.), lierre » (dp. ca 1650, DA ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 806 ; Cioranescu n° 4277 ; MDA), méglénoroum. jadiră (Candrea,GrS 3, 402 ; CapidanDicţionar), aroum. ˹iadiră˺ (Pascu 1, 102 ; CapidanAromânii 234-235 ; DDA2 ; BaraAroumain)1, frioul. ˹èdare˺ (Doria in DESF ; ASLEF 61 n° 445), afr. ˹ierre˺ m. (2e qu. 10e – 2e t. 13e s., Dörr in DEAF ; Gdf ; TL ; AND2 s.v. ere ; FEW 4, 396b ; ALF 768 [encore pic. norm. ang. centr.])2, frpr. ˹ira˺ f. (dp. 1434/1436 [iry], HafnerGrundzüge 129 ; PuitspeluLyonnais ; FEW 4, 396b-397a ; ALF 768 ; ALLy 464 ; ALLy 5, 332), occit. [ˈejra] (FEW 4, 397a ; ALF 768 [prov. Ardèche lim.])3, gasc. ˹yèyra˺ (FEW 4, 397a ; CorominesAran 475 s.v. gedra ; ALG 163), cat. heura (dp. fin 14e s. [edra], DECat 4, 788-789 ; MollSuplement n° 1741 ; DCVB), esp. hiedra (dp. ca 1200 [yedra], CORDE ; DCECH 3, 352-353 ; Kasten/Cody), ast. yedra (DGLA ; DELlAMs)4, gal. hedra/port. hera (dp. 13e s. [edra], CunhaVocabulário2 ; DDGM ; GarcíaDiego ; DELP3 ; Houaiss).

II. */ˈɛler‑a/
*/ˈɛler‑a/ > dalm. jálara s.f. « lierre » (BartoliDalmatico 239 § 43 ; ElmendorfVeglia)5, istriot. ilara (MihăescuRomanité 144 ; IveIstria 31 [Rovigno írula] ; AIS 619), it. ellera (dp. fin 13e s., Romanini in TLIO ; Merlo,RIL 84, 59 ; DELI2 s.v. edera ; AIS 619)6, frioul. elare (Doria in DESF s.v. èdare ; GDBTF ; AIS 619 ; ASLEF 61 n° 445), lad. ˹èrola˺ (PallabazzerLingua ; RossiVoc ; AIS 619), surs. eller m. (Stricker in DRG 6, 183), occit. elra f. (dp. mil. 14e s., DAO n° 752 ; RonjatGrammaire 2, 226-229 ; ALLOr 192), gasc. ˹irula˺ (ALG 163), rouss. helra (DCECH 3, 352-353 s.v. hiedra).

III. */ˈɛlen‑a/
*/ˈɛlen‑a/ > itsept. ˹enela˺ s.f. « lierre » (AIS 619), itmérid. ˹[ˈɛnnela]˺ (AIS 619), lad. ˹èlena˺ (Battisti,AnzAWien 48, 214 ; Aneggi/Rizzolatti), occit. euna (dp. 14e s., DAO n° 752 ; FEW 4, 397b).

Commentaire. – À l’exception du sarde7, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type évolué, protorom. */ˈεder‑a/ s.f. « plante vivace de la famille des Araliacées se fixant sur les troncs d’arbres et le long des murs (Hedera helix L.), lierre ».
Les issues de */ˈεder‑a/ (I.), type dont l’extension géographique est de loin la plus vaste, se trouvent en roumain, frioulan, français, francoprovençal, occitan, gascon, catalan, espagnol, asturien, galicien et portugais. Les types */ˈεler‑a/ (II.) et */ˈεlen‑a/ (III.) doivent cependant être anciens : */ˈεler‑a/ est présent en dalmate, istriote, italien, frioulan, ladin, romanche, occitan, gascon et catalan ; */ˈεlen‑a/ est continué en italien septentrional et méridional, ladin et occitan.
La large diffusion interromane des trois types et leur coprésence dans un seul domaine linguistique, l’occitan (“carrefour des langues romanes”), montrent que I., II. et III. sont des types déjà concurrents en protoroman et non des développements idioromans.
Pour ce qui est de la chronologie relative des trois types, l’analyse formelle montre que I. est la base de II. (assimilation à distance partielle) et que II. est la base de III. (dissimilation à distance). Au plan aréologique, le roumain, l’espagnol, le portugais (aires latérales Est et Ouest) d’un côté, et le français et le francoprovençal (aire conservatrice Nord) de l’autre présentent le type I. Le type II. apparaissant en italoroman et dans ses périphéries septentrionales (dalmate, frioulan, ladin, romanche), on peut conclure qu’il s’agit ici d’une innovation venue d’Italie et étendue à la Narbonnaise et à partir de là en gascon, dans une aire plus ou moins centrale de la Romania. Le type III. apparaît seulement dans des domaines qui connaissent II. (italien, ladin, occitan), mais non dans tous, ce qui soutient l’idée d’une seconde innovation sur la base de II., plus tardive et donc moins largement diffusée.
Les données du latin écrit s’accordent bien avec la chronologie reconstruite : le corrélat du type I., hedera, -ae s.f. « id. », est connu durant toute l’Antiquité (dp. Laberius [*105 – † 43], TLL 6/3, 2588 ; Ernout/Meillet4 ; AndréPlantes 117), tandis que les types II. et III. ne connaissent pas de corrélats en latin écrit : les types plus récents, sans nul doute diastratiquement (et probablement diaphasiquement) marqués, n’ont pas eu accès au code écrit.

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 180, 430, 590 ; 2, § 382 ; REW3 s.v. hĕdĕra ; von Wartburg 1949 in FEW 4, 396b-398a, hĕdĕra ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 171-172, 272, 284 ; 2, § 375-377, 413, 421, 494 ; Faré n° 4092 ; HallPhonology 216 ; RohlfsPanorama 92 ; SalaVocabularul 546 ; MihăescuRomanité 195 ; LEIMatériaux.

Signatures. – Rédaction : Jan Reinhardt. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Jean-Pierre Chambon ; Günter Holtus. Romania du Sud-Est : Victor Celac ; Eugen Munteanu. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Max Pfister. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Ana Boullón ; Ana María Cano González. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Xosé Lluis García Arias ; Xavier Gouvert ; Peter Nahon.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 03/08/2010. Version actuelle : 26/01/2017.

 


1. Pour ce qui est d’atosc. edra (1333, TLIOCorpus ; DELI2), son isolement incite à le considérer comme non héréditaire : il s’agira d’une forme semi-savante.
2. Le moyen français et le français moderne présentent l’innovation lierre, avec agglutination de l’article.
3. Occit. edra (FEW 4, 396b) manifeste un traitement semi-savant, cf. RonjatGrammaire 2, 226-227.
4. Aast. *edra est documenté indirectement à travers le dérivé latméd. edratos (12e s.), qui calque l’ancêtre d’ast. ˹yedráu˺ s.m. « lieu où abonde le lierre » (DELlAMs ; DGLA).
5. Nous ne suivons pas ElmendorfVeglia, qui considère ce lexème comme emprunté à une forme italienne dialectale.
6. Pour la gémination de */l/, cf. RohlfsGrammStor 1, § 88. – Pour ce qui est d’it. edera s.f. « id. », il s’agit d’un latinisme (cf. DELI2).
7. Nous suivons Wagner in DES s.v. èđera, d’après qui le sarde ne connaît pas d’issue héréditaire de */ˈεder‑a/ : ˹eđera˺ (AIS 619 ; aussi èllera/èrela/èrella, PittauDizionario 1) est emprunté à l’italien, campid. era (AIS 619), au catalan.

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