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Dictionnaire Étymologique Roman
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*/ˈsɛrβ‑u/ s.m. « personne (masculine) qui n’est pas de condition libre »

*/ˈsɛrβ‑u/ > sard. servu s.m. «  personne (masculine) qui n’est pas de condition libre, sujet (serf) [terme d’histoire socio-économique] » (Wagner,AR 24, 21 ; DES ; PittauDizionario 1), dacoroum. şerb (dp. 1500/1510, Psalt. Hur.2 1, 188 ; EWRS ; Tiktin3 ; Cioranescu n° 7694 ; DA/DLR ; MDA)1, 2, istriot. siervo « personne employée dans le service d’une maison, domestique » (PellizzerRovigno [Rovigno] ; AIS 1591 p 398 [Dignano ; « valet »])3, it. servo « personne qui est dans un état de dépendance vis-à-vis de qn/qch., sujet (esclave) » (dp. déb. 13e s. [aitcent.], TLIOCorpus ; DELI2 ; GAVI ; AIS 1591 p 367, 375, 376, 378 [vén. ; « valet »]), frioul. sierf « sujet (serf) [terme d’histoire socio-économique] » (PironaN2 ; DDFF), fr. serf (dp. ca 1100, RolS2 281 ; TLF ; FEW 11, 548b ; Gdf ; GdfC ; TL ; ANDEl s.v. serf1), frpr. ser (1ère m. 13e s., SommeCode 5), occit. ser (dp. 3e qu. 12e s., CodiD 41 ; Mistral ; Levy ; FEW 11, 548b), gasc. sèrb (dp. 1384 [serp], Levy ; ForsBéarnOG 254, 432 ; FEW 11, 548b ; Palay), cat. serf (dp. 13e s. [serv], DECat 7, 865 ; DCVB ; DIEC2), aarag. siervo (TilanderFueros 570 ; TilanderVidal 3, 290), esp. siervo (dp. 1219, DCECH 5, 243 ; Kasten/Cody ; NTLE ; Kasten/Nitti ; CORDE), ast. siervu (dp. 1145 [ms. 1295], DELLA s.v. siervu ; DALlA), gal./port. servo (dp. 1264/1284, TMILG ; DELP3 ; DDGM ; DRAG2 ; CunhaVocabulário3 ; HouaissGrande [13/11/2020])4.

Commentaire. – À l’exception du végliote, du ladin5 et du romanche6, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈsɛrβ‑u/ s.m. « personne (masculine) qui n’est pas de condition libre, sujet »7.
Le corrélat du latin écrit, seruus s.m. « personne (masculine) qui n’est pas de condition libre, sujet (esclave) », est usuel durant toute l’Antiquité (dp. Lex Duodecim Tabularum [2e/3e s. av. J.-Chr.], OLD ; Ernout/Meillet4 ; Walde/Hofmann5 ; IEEDLatin).
Si, d’un strict point de vue linguistique, le sémème des cognats romans, et donc de leur étymon protoroman, d’une part, et celui du corrélat du latin écrit de ce dernier, de l’autre, est identique (« personne [masculine] qui n’est pas de condition libre »), il est important de rappeler que du point de vue extra-linguistique (socio-économique), le statut des personnes non libres désignées par protorom. */ˈsɛrβ‑u/, puis par ses continuateurs, a changé entre la fin de l’Antiquité, où leur condition était celle d’esclave (bien meuble dépourvu de droits), et le Moyen Âge, où leur statut passe à celui de serf (personne et entité juridique), en passant par une période de coexistence (cf. Müller in FEW 11, 550a, AllardServage, BondueServus et, pour la dénomination des esclaves de l’époque médiévale et moderne, REW3 s.v. sklavēnos et FreedmanServitude).

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 417, 150, 474, 442, 308 ; REW3 s.v. sĕrvus ; Müller 1964 in FEW 11, 548b-550b, servus ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 171-172, 409, 274 ; HallPhonology 157 ; StefenelliSchicksal 268.

Signatures. – Rédaction : José Carlos Ximenes Rocha Júnior. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Marie-Guy Boutier ; Günter Holtus ; Pierre Swiggers. Romania du Sud-Est : Victor Celac ; Cristina Florescu ; Nikola Vuletić. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Francesco Crifò ; Ricarda Liver ; Sergio Lubello ; Ursin Lutz ; Marco Maggiore ; Michela Russo ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch ; Ana María Cano González ; José Antonio Saura Rami. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : David Arbesú ; Ana Boullón ; Steven N. Dworkin ; Xosé Lluis García Arias ; Günter Holtus ; Manon Perin ; Elton Prifti ; Abigail Rousseaux.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 01/12/2020. Version actuelle : 23/09/2024.

 


1. Pour ce qui est des attestations de 1383 et de 1407 citées par Tiktin3, la première est tirée d‘un texte latin, la deuxième, d‘un texte slavon ; les deux se réfèrent à des anthroponymes.
2. Le statut d’istroroum. servo s.m. « serviteur » (MaiorescuIstria 148) n’est pas clair : pour peu que cette donnée isolée soit authentique, son phonétisme (/s-/ et /-o/) dénonce un emprunt (à l’italien ?).
3. On pourrait se demander si le lexème istriote constitue un emprunt à l’italien, au vénitien ou au frioulan (cf. n. 5 pour le ladin). Toutefois, il existe une ancienne continuité aréale entre le vénitien, le frioulan et l‘istriote qui rend un héritage istriote tout à fait plausible.
4. Nous ne suivons pas DELP3, qui voit dans port. servo un emprunt au latin juridique (“voc. muito vulgar nos textos redigidos em Latim Bárbaro, donde se deduz que este voc. deve ter entrado em Port. por via jurídica isto é, servo tem, originàriamente, carácter culto”).
5. Lad. servo s.m. « personne (masculine) employée dans le service d’une maison, domestique » est un italianisme (cf. VLL).
6. Romanch. serv s.m. « sujet (serf) » (LRC), terme d’histoire socio-économique d’emploi rare, représente un emprunt, très probablement à l’italien (ou éventuellement au latin).
7. Nous renonçons à reconstruire le sens « personne (masculine) qui est au service (de qn), serviteur », pourtant attesté dans plusieurs parlers romans (seul ou à côté de « sujet »), car il semble être secondaire. En outre, on ne peut pas exclure une influence du latin chrétien (cf. “serviteur de Dieu, fidèle adorateur de Dieu”, Gaffiot s.v. seruus).

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