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Dictionnaire Étymologique Roman
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*/ˈs‑βɔl‑a‑/ v.intr. « quitter un lieu en s’élevant dans l’air ; se mouvoir dans l’air » | I. Sens « quitter un lieu en s’élevant dans l’air »*/ s‑βoˈl‑a‑re/ > dacoroum. zbura v.intr. « quitter un lieu en s’élevant dans l’air, s’envoler » (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 1, 165 ; Tiktin3 ; DLR ; MDA), aroum. asbór ( DDA2 ; Pascu 1, 49) 1, istriot. zbulá ( DeanovićIstria 120 ; MihăescuRomanité 151), itsept. svolare (dp. 1 ère m. 14 e s. [atosc. svola prés. 3], TLIOCorpus ; GDLI ; DEI ; Faré n° 3115), afr. esvoler v.intr./pron. (fin 12 e s. – 1594, FEW 14, 604a ; Gdf ; TL ; Gassmann in GPSR 6, 977 [encore frcomt. [evu’lɛ:]]) 2. | II. Sens « se mouvoir dans l’air »*/ s‑βoˈl‑a‑re/ > dacoroum. zbura v.intr. « se mouvoir dans l’air, voler ; être projeté dans l’air, voler » (dp. 1500/1510 [date du ms.], Psalt. Hur.2 1, 99 ; Tiktin3 ; EWRS ; DLR ; Cioranescu n° 7517 ; MDA), aroum. asboáir ( DDA2 ; Pascu 1, 49 ; BaraAroumain), végl. *śvolúr « se mouvoir dans l’air » ( BartoliDalmatico 222 § 9, 331, 433 § 439 [ śvolúa impf. 6]), istriot. ˹ zbulá˺ ( Rosamani ; MihăescuRomanité 151 ; AIS 516 p 368, 378-379, 397-398), itsept. svolare (dp. 1 ère m. 14 e s. [atosc. svola prés. 3], TLIOCorpus ; Salvioni,RIL 32, 158 ; DEI ; GDLI ; PratiEtimologie 183 s.v. ʃvolare ; Faré n° 3115 ; AIS 516), frioul. svolâ (dp. 1484 [? ; suola prés. 3], Marchetti,CeFastu 17, 155 = DAroncoAntologia 77 ; PironaN2 ; GDBTF ; AIS 516 ; ASLEF 295 n° 963, 967), lad. jorè (dp. 1763, Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 516), romanch. svolar/ ṣgular ( HWR ; LRC ; PeerDicziunari ; AIS 516). Commentaire. – À l’exception du sarde, du francoprovençal, de l’occitan, du gascon, du catalan, de l’espagnol, de l’asturien, du galicien et du portugais 3, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈs‑βɔl‑a‑/ (*[ɪs-ˈβɔl-a-]) v.intr. « quitter un lieu en s’élevant dans l’air, s’envoler ; se mouvoir dans l’air, voler », dérivé en */s-/, préfixe convoquant le sens de séparation ( Leumann1 § 179 C 4 c δ ; CooperFormation 277-281 ; HallMorphology 152-153 ; cf. RohlfsHistGramm 3, § 1012 ; RonjatGrammaire 3, 444-446 ; NyropGrammaire 32, 223 ; Baiwir,BCRTD 85, 82-85), de protorom. */ˈβɔl‑a‑/. Les issues romanes ont été subdivisées selon un critère sémantique : d’une part celles qui présentent le sens inchoatif « s’envoler » (ci-dessus I.), d’autre part celles qui prennent en charge le sens duratif « voler » (ci-dessus II.). Les aires « s’envoler » (dacoroum. aroum. istriot. itsept. fr.) et « voler » (dacoroum. aroum. végl. istriot. itsept. frioul. lad. romanch.) présentent une très large intersection et ne permettent pas de décider lequel des deux sens est premier. Mais le critère de la compositionnalité sémantique du dérivé conduit à considérer le sémème « s’envoler » comme premier, le sémème « voler » s’expliquant comme une conséquence de l’affaiblissement et de la neutralisation subséquente du sémantisme du préfixe */s-/ ( cf. Leumann1 § 119 ; CooperFormation 277-281). Dans une bonne partie de la zone concernée (roum. végl. frioul. lad. romanch.), les continuateurs de */ˈs‑βɔl‑a‑/ ont ainsi supplanté ceux de */ˈβɔl‑a‑/. L’aréologie des deux séries de cognats assigne la formation de */ˈs‑βɔl‑a‑/ à une strate relativemement ancienne du protoroman, datable entre le décrochage du protosarde (2 e moitié du 2 e siècle [?], cf. Straka,RLiR 20, 256) et celui du protoroumain (2 e moitié 3 e siècle selon RosettiIstoria 184 ; fin 3 e siècle selon Straka,RLiR 20, 258) 4. La répartition complémentaire, pour le sens « voler », des issues de */ˈβɔl‑a‑/ et de */ˈs‑βɔl‑a‑/ sur tout le territoire de la Romania plaide également pour une organisation ancienne du système, de même que la continuité géographique de l’aire classée sous II. : sans doute la forme préfixée s’est-elle généralisée dans le sens « voler » dès avant la séparation linguistique de la Dacie. Si le latin écrit de l’Antiquité n’atteste pas le corrélat exact de */ˈs‑βɔl‑a‑/, il connaît un corrélat approximatif, présentant une réalisation allomorphique du préfixe, du type I. : lat. euolare « s’envoler » (dp. Plaute [* ca 254 – † 184], IEEDLatin s.v. volō ; OLD). En revanche, le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas de corrélat du type II. Dans le sens « voler », */ˈs‑βɔl‑a‑/ est donc à considérer comme un particularisme du latin parlé (et donc probablement du latin d’immédiat communicatif) qui n’a pas pénétré dans ses variétés écrites. Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 184, 219, 402, 416, 457 ; 2, § 604 ; REW3 s.v. *exvŏlāre ; von Wartburg 1961 in FEW 14, 598b-608b, vŏlare ; Ernout/Meillet4 s.v. uolō ; LausbergLinguistica 1, § 175, 253, 300-301, 385 ; Faré n° 9431 ; SalaVocabularul 596 ; DOLR 3 (1993), 106 ; MihăescuRomanité 200 ; Baiwir,BCRTD 85, 82-85 ; Gouvert,DÉRom 1, 125 et n. 33. Signatures. – Rédaction : Esther Baiwir. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Xavier Gouvert ; Pierre Swiggers ; Valentin Tomachpolski. Romania du Sud-Est : Petar Atanasov ; Victor Celac ; Cristina Florescu. Italoromania : Rosario Coluccia ; Maria Iliescu ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Myriam Benarroch ; Ana Boullón ; Ana María Cano González. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Giorgio Cadorini ; Jérémie Delorme ; Christoph Groß ; Ulrike Heidemeier ; Pascale Renders ; Wolfgang Schweickard ; Matthieu Segui ; Nikola Vuletić. Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 20/04/2014. Version actuelle : 10/05/2023.
1. L’aroumain ne connaît presque plus l’infinitif verbal ( Saramandu,Tratat 460 ; Kramer,LRL 3, 429-430) ; la forme citationnelle est la première personne du singulier du présent. La forme asbór présente une prothèse de a-, fréquente mais non régulière. 2. Nous reprenons la datation de ElieF du DEAF, malgré le FEW, qui date le texte du milieu du 13e siècle. Pour ce qui est de “judfr. esvolant « se répandant » Rs” (fin 11e s., FEW 14, 604a), cette attestation est douteuse ( cf. RaschiD2 1, 62). 3. Les dérivés it. svolazzare « voleter çà et là » ( DELI2), cat. esvolategar « agiter ses ailes bruyamment » ( MollSuplement n° 1386 ; DCVB ; DECat 9, 360 s.v. volar), gal. esvoazar « battre des ailes » ( DdD), port. esvoaçar « battre des ailes pour prendre son envol » ( DELP3 ; Houaiss) témoignent de l’existence ancienne de continuateurs de protorom. */ˈs‑βɔl‑a‑/ dans ces idiomes. |
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