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Dictionnaire Étymologique Roman
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*/ˈpulik‑e/ s.m. « insecte sauteur minuscule parasite des mammifères et de certains oiseaux qui se nourrit du sang de son porteur »

I. Masculin */ˈpulik‑e/ originel
*/ˈpulik‑e/ > sard. púlike s.m. « insecte sauteur minuscule parasite des mammifères et de certains oiseaux qui se nourrit du sang de son porteur, puce » (DES ; AIS 474), dacoroum. purice (dp. 1704, Cantemir, Ist. 147 = DLR ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 1479 ; Ciorănescu n° 6978 ; DR 2, 81)1, istroroum. ˹pureč˺ (MaiorescuIstria 143 ; Byhan,JIRS 6, 323 ; PuşcariuIstroromâne 3, 129 ; FrăţilăIstroromân 1, 258), méglénoroum. ˹puriţi˺ (Candrea,GrS 6, 188 ; CapidanDicţionar ; ALDM 29), aroum. puric (DDA2 ; BaraAroumain), végl. pulco (BartoliDalmatico 284, 325, 404, 457 ; ElmendorfVeglia), istriot. ˹póuliʃo˺ (Rosamani ; PellizzerRovigno ; AIS 474)2, it. sept. ˹pülis˺ (dp. 1271/1280 [alomb. pulese], Alloatti Boller/Badiale/Käppeli in TLIO s.v. pulce ; AIS 474 [piém. lomb. vén.] ; cf. RohlfsGrammStor 2, § 381), it. centr.-mérid. ˹pulice˺ (AIS 474 [march. centr.-mérid. laz. abr. camp. luc. apul. salent. cal. sic.] ; cf. RohlfsGrammStor 2, § 381), frioul. pulç (dp. déb. 17e s. [pultz pl.], DAroncoAntologia 136 ; PironaN2 ; DDFF ; AIS 474), lad. pöresc (dp. 1879, Kramer/Schlösser in EWD ; AIS 474 ; ALD-I 639), romanch. pẹlisch/pülesch (HWR ; LRC ; AIS 474).

II. Féminin */ˈpulk‑e/ innové
*/ˈpulk‑e/ > it. pulce s.f. « puce » (dp. 1292, TLIO ; DELI2 ; AIS 474 ; cf. RohlfsGrammStor 2, § 381 n. 1), fr. puce (dp. ca 1170 [pulce], TLF ; GdfC ; FEW 9, 522a ; TL ; ALF 1100), frpr. puzi (dp. 1633, RavanatDictionnaire ; FEW 9, 522ab ; ALF 1100 ; ALLy 532 ; ALJA 1026 ; cf. HafnerGrundzüge 121, 134 [/-z-/ < */-k-/ devant */-e/ ; /-i/ analogique]), occit. piuze (dp. 1324/1330 [pius], Levy ; Raynouard ; FEW 9, 522ab ; ALF 1100)3, gasc. ˹piuts˺ (Raynouard ; LespyR ; Levy ; Palay ; FEW 9, 522b ; ALF 1100 ; ALG 60), cat. puça (dp. 13e/14e s. [puces pl.], DECat 6, 848 ; DCVB)4, arag. pulce (NagoreEndize).

III. Féminin remorphologisé */ˈpulk‑a/
*/ˈpulk‑a/ > itsept. ˹pülga˺ s.f. « puce » (AIS 474 p 138, 273-275, 282, 299, 401, 424, 427, 436, 439, 443, 444, 453, 454, 464, 500 ; cf. FEW 9, 524a), viv.-alp. ˹püło˺ (FEW 9, 524a ; ALF 1100), esp. pulga (dp. 1250, Kasten/Cody ; DCECH 4, 685-686 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. pulga (AriasPropuestes 3, 280-281 ; DELLA ; DGLA), gal./port. pulga (dp. 14e s., CunhaVocabulário3 ; DELP3 ; DDGM ; DRAG2 ; NDPAM).

Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type morphologique innové, protorom. */ˈpulik‑e/ s.m. « insecte sauteur minuscule parasite des mammifères et de certains oiseaux qui se nourrit du sang de son porteur, puce »5.
Les issues romanes ont été subdivisées ci-dessus selon les trois prototypes reconstruits : le masculin */ˈpulik‑e/ originel (I. ; cf. MeyerLübkeGLR 2, § 375), le féminin */ˈpulk‑e/ innové (II.), marqué par la syncope de la voyelle posttonique (cf. MeyerLübkeGLR 1, § 325 ; LausbergLinguistica 1, § 284), enfin le féminin remorphologisé */ˈpulk‑a/, marqué par le passage de la flexion ambivalente en */‑e/ à la flexion explicitement féminine en */‑a/ (III. ; cf. MeyerLübkeGLR 2, § 17 ; VäänänenIntroduction § 232)6.
Le masculin est continué en sarde, en roumain et sur une vaste aire compacte s’étendant du végliote au romanche (végl. istriot. itsept. itcentr.-mérid. frioul. lad. romanch.), ce qui permet de l’assigner au protoroman commun (ou protoroman stricto sensu), antérieur au décrochage du protosarde (2e moitié du 2e siècle [?], cf. Straka,RLiR 20, 256) et du protoroumain. En revanche, les deux types féminins (II. et III.) ne se reconstruisent que sur la base de séries de cognats de la Romania italo-occidentale, ce qui incite à les attribuer à une phase plus récente du protoroman, postérieure au dégagement du protoroumain (3e siècle [?], cf. RosettiIstoria 184 ; Straka,RLiR 20, 258). Une analyse morpho-historique permet de dire que le féminin */ˈpulk‑e/, continué dans une aire s’étendant de l’italien à l’aragonais (it. fr. frpr. occit. gasc. cat. arag.), a été le premier à se dégager, et qu’il a par la suite donné lieu au féminin remorphologisé */ˈpulk‑a/, dont l’aire englobe une partie de l’italien et de l’occitan, ainsi que l’espagnol, l’asturien et le galégo-portugais.
Le passage du masculin au féminin de */ˈpulik‑e/ s’explique aisément par la tendance du protoroman à féminiser les substantifs de la troisième déclinaison (cf. DardelGenre 29). On notera de plus que le genre grammatical et la voyelle thématique (*/‑e‑/ ~ */‑a‑/) sont également instables dans les autres continuateurs de l’étymon proto-indo-européen de */ˈpulik‑e/ (cf. IEEDLatin s.v. pūlex, qui rappelle en outre que “taboo deformation and folk etymology often interfere with the names of insects”). On observe aussi, comme le fait remarquer DardelGenre 45, que la répartition du genre est homotope avec celle de la structure syllabique de l’étymon : masculin pour le trissyllabe non syncopé (I.) et féminin pour les dissyllabes syncopés II. et III. Mais il s’agit là de la conséquence de la stratification géo-historique des deux genres plutôt que d’une cause indépendante, */ˈpulk‑e/ et */ˈpulk‑a/ appartenant à la strate plus récente du protoroman italo-occidental, caractérisé par la syncope (cf. ci-dessus).
Le corrélat du latin écrit du type I., pulex, -icis s.m. « id. », est usuel durant toute l’Antiquité (dp. Livius Andronicus [* ca 284 – † ca 200 av. J.-Chr.], OLD ; IEEDLatin s.v. pūlex). Le latin écrit de l’Antiquité ne connaît pas, en revanche, de corrélats des types morphologiques féminins */ˈpulk‑e/ et */ˈpulk‑a/ (II. et III.), qui sont donc à considérer, du point de vue diasystémique (latin global), comme des particularismes des variétés orales, appartenant à l’immédiat communicatif, du latin.

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 49, 313, 325, 335-336, 339, 482, 577, 647 ; 2, § 17, 50, 375 ; REW3 s.v. pūlex, -ĭce ; Ernout/Meillet4 s.v. pūlex, -icis ; LausbergLinguística § 184-185, 250, 272-273, 282, 284, 299, 311-313, 385, 387-391 ; von Wartburg 1959 in FEW 9, 522a-525a, pūlex ; HallPhonology 26 ; SalaVocabularul 543 ; MihăescuRomanité 107, 115, 198.

Signatures. – Rédaction : Przemysław Dębowiak. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Günter Holtus ; Valentin Tomachpolski. Romania du Sud-Est : Cristina Florescu ; Nikola Vuletić. Italoromania : Giorgio Cadorini ; Marco Maggiore ; Paul Videsott. Galloromania : Jean-Paul Chauveau. Ibéroromania : Maria Reina Bastardas i Rufat ; Ana María Cano González ; César Gutiérrez ; Fernando Sánchez Miret ; José Antonio Saura Rami. Révision finale : Éva Buchi. – Contributions ponctuelles : Fabio Aprea ; Francesco Crifò ; Steven N. Dworkin ; Xosé Lluis García Arias ; Yan Greub ; Marine Louis ; Dinu Moscal ; Michela Russo ; Wolfgang Schweickard.

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 27/11/2019. Version actuelle : 29/07/2022.

 


1. La date de 1479 fournie par Tiktin3 correspond à un nom propre dans un texte écrit en slavon.
2. En végliote et en istriote, on observe un changement de classe flexionnelle idioroman dans le sens d’un marquage explicite du masculin (/-e/ > /-o/).
3. L’occitan connaît aussi la variante remorphologisée (à époque idioromane, comme le montre -z-) piuzo, qui contient le suffixe flexionnel féminin -o (cf. FEW 9, 524b n. 14).
4. Coromines in DCECH 4, 685 et DECat 6, 848 analyse cat. puça (dialectalement, en catalan occidental, aussi pulça) comme le résultat d’une réfection à partir du pluriel pulces (< */ˈpulk‑es/). Il est vrai que le singulier connaît des attestations légèrement plus tardives (dp. 14e s. [puça], DECat 6, 848) que le pluriel (dp. 13e/14e s., cf. ci-dessus), et qu’il est surtout plus fréquent dans l’usage que ce dernier. Cependant, cette explication, qui conviendrait très bien pour puça, ne peut pas être invoquée pour d’autres cas de ce type, comme valenc. [ˈfeβɾa] s.f. « état morbide caractérisé par l’élévation de la température du corps, fièvre » (DCVB s.v. febre [“ant. escrit febra”]). Il semble donc plus simple d’analyser ces items comme le résultat d’une remorphologisation dans le but de rendre le lexème féminin plus transparent morphologiquement (cf. Gutiérrez,SHLL 9). Contrairement aux données classées ci-dessous sous III., il s’agit bien d’une remorphologisation idioromane et non pas du résultat du type remorphologisé protoroman : */ˈpulk‑a/ aurait évolué à cat. *puca et non pas à pu(l)ça. – Par ailleurs, le type remorphologisé semble également être attesté en occitan : aoccit. piussa s.f. « id. » (14e s., Raynouard ; attestation jugée problématique par Levy, non retrouvée dans AlbucGL et non retenue par LevyPetit et FEW 9, 522a-525a).
5. Cf. MeyerLübkeGLR 2, § 50 (qui y voit une évolution idioromane) et FEW 9, 524b n. 13 pour des cognats pouvait éventuellement reposer sur une variante */ˈpʊlik‑e/.
6. Il n’est pas nécessaire, comme le fait von Wartburg in FEW 9, 524a, de mettre cette remorphologisation sur le compte d’une influence du pluriel */ˈpulk‑es/.

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